jeudi 13 mars 2014

Vis ma vie d'expat ⋆ Avant je parlais français

S'expatrier aux États-Unis, ça a été, par moment, ré-apprendre à parler depuis le début. Mais ce que je n'avais pas anticipé, c'est qu'il allait aussi falloir ré-apprendre à parler français, par la suite.
On est atteint par ce que certains appellent le syndrome Van Damme ou encore David Charvet. Ce dernier m'a été soufflé hier, je l'avais oublié. Mais quand on m'a siffloté "Shloud I stay, or should I go? Should I come back another day?", c'est revenu. Très nettement.

Quand on parle entre français ici, c'est toujours dans notre langue maternelle, mais ça donne quelque chose du genre :
"- On va boire un coup downtown ce soir ? - Good idea !" ou "- Oh my gosh, mais ce fog va me rendre folle ! - Crazy, hin ?" *
Et je vous épargne les "Trop cute !", "C'est d'un boring.", "Tellement awesome !", "C'est un peu awkward !", "Nan, mais what the fuck, quoi !", et cetera, et cetera. **
Vis ma vie d'expat ⋆ Avant je parlais français


Surveille ton langage

C'est une critique qu'on entend souvent à propos des expatriés quand ils rentrent visiter la mère-patrie, ils se la racontent, ils glissent des mots anglais, mine de rien, dans toutes leurs phrases.
Oui, cette critique est fondée.
On parle comme ça entre nous tout le temps. Alors forcément, ça déteint. Je parle comme ça, j'écris comme ça. Je pense que mes copains qui reçoivent mes mails doivent bien se marrer. Parfois. Ou pas.

Concrètement, au quotidien, ça donne :
"- Et tu vas comment au boulot?
- Oh, c'est plus easy qu'à Paris. Je commute en vanpool par la 1, et avant ça, j'ai un ride de 20mn. Beaucoup moins de people que dans le RER B et bien plus short." ***

I've an excuse

Alors, oui, on vous fait savoir qu'on parle anglais tous les jours. Et puis, même quand on prononce innocemment ces petits mots, on y met tout notre cœur et on s'applique comme jamais sur la prononciation.

Pour notre défense, il faut remettre en situation notre débarquement dans notre nouvelle zone de confort. On est arrivé en bons petits Français, on baragouinait un peu l'anglais. Charles maîtrisait le langage du micro-biologiste marin sur le bout des doigts et j'avais, pour ma part, fait d'énormes progrès en apprentissage d'obscénités grâce à tout un tas de merveilleuses séries. Je savais à quel moment ajouter un fucking bien placé dans n'importe quelle phrase. Ça n'a pas de prix ! Mais ça ne sert absolument à rien quand on tente, sans succès, de commander un burger avec un steak saignant, 2 tranches de cheddar, l'accompagnement verdure au complet sauf les oignons.

C'est pour ça. Chaque mot de vocabulaire appris, retenu et ré-utilisé est une petite victoire. Personnelle, certes. Mais pour ma part, après ce long processus, ce mot est dans ma tête et je ne sais l'utiliser qu'en anglais.

By the way, je suis vraiment sorry, s'il m'arrive de chercher mes mots quand je vous skype à 9h un dimanche matin.

Much easier

Et puis, il y a ces mots que j'ai découvert en anglais et qui simplifient tellement la vie. Ce sont ces mots qui, traduits en français, sont longs ou l'équivalent de plusieurs mots.

Mais pourquoi, pourquoi on n'a pas ce terme à la maison ?
L'inverse existe très certainement, mais je n'ai pas d'exemple aujourd'hui, vous vous en doutez bien !

Le terme commute est mon favori. Il signifie faire le déplacement d'un endroit à un autre, souvent de chez soi au boulot, ou pour aller à son cours de sport... Mon nouvel ami Reverso me suggère que ça signifie "Faire la navette", et c'est assez bien dit.

Dans la même veine, reverse commute n'est pas mal non plus. Ici, ils l'emploient beaucoup comme faire le trajet inverse du flux principal des travailleurs (typiquement, habiter en centre ville et travailler la journée en banlieue).
Il y aussi le mot downtown. Quand je vais dans mon café préféré, je vais downtown, parce je n'avais pas de centre-ville quand j'habitais Paris...

Ceci étant dit, vous pouvez maintenant entrevoir la signification du dialogue un peu plus haut...
 

Assimiler un nouveau blabla

Enfin, en écrivant cet article, je me suis posée 2 secondes et j'ai réfléchi à tous ces mots que j'utilise maintenant régulièrement. Je me suis rendue compte qu'il y a certains mots que j'emploie uniquement en anglais même quand je parle français et, qui sont des mots que je n'utilisais pas ou très peu en France.
J'ai une fence qui sépare mon jardin de celui de mes voisins, et pas une barrière ou un grillage.
J'ai, entre autre, des skunks qui traînent dans mon jardin la nuit. Non, il ne s'agit de pochons de marijuana à pattes qui errent sous nos fenêtres, mais de putois. Noir et blanc, ceux qui puent quand ils se mettent à flipper.

Détail d'importance majeure, ces mots, lorsque ce sont des verbes, on se les approprie. À fond. On les conjugue à la française et, comme les verbes du premier groupe. Of course ! 
Je checke mes mails plusieurs fois par jour. On aime bien taker des pictures. Un soir par semaine, je scrimmage avec ma ligue de roller derby. Enfin, il m'arrive d'aller watcher le sunset, parce que me poser devant le coucher de soleil ne me venait pas à l'idée avant. 

À noter, j'ai gagné quelques nouvelles expressions dans mon langage de tous les jours.
. Je ne dis plus "J'en sais rien", mais "Je n'en ai aucune idée", parce que "I've no idea"
.
. Je dis "Quel est le point de tout ça", et non plus "Qu'est-ce que tu entends par là", parce que "What's the point"
.
. Il m'arrive de lâcher un "Oooh mon Dieu", et non "Ohlalaaa" ou "Oh Puuutain", parce que "OMG".
.
Je n'utilise plus "Je m'occupe de quelque chose", mais "Je prends soin de", car "I take care".

.
J'utilise maintenant l'adverbe "définitivement" quand je veux bien marquer mon approbation. Il ne faisait pas vraiment partie de mon vocabulaire avant, mais le definitely servi à toutes les sauces par les Américains est passé par là. Il en va de même pour "absolument", car absolutely.
Et puis, je soulèverais juste un petit hic... On ne fait pas cette critique aux Québécois d'adoption qui sortent des expressions à coucher dehors ou emploient des mots bizarres dans la vie de tous les jours.
Mes copains de Montréal, ils disent Bonne Fête pour Joyeux Anniversaire, Auto ou Char pour Voiture, Souper pour Dîner, Tantôt pour Tout à l'heure et personne ne leur prend la tête. Même si, bon, parfois, le sens de leur phrase nous échappe. (Alors oui, je vous l'accorde, ça reste du français...)
Alors voilà, on est vraiment sorry. Mais on vous love !

* - On va boire un coup dans le centre ce soir ? - Bonne idée !", "- Oh mon dieu, ce brouillard va me rendre folle ! - C'est fou, hin ?"
** Trop choupi !", « Qu'est-ce qu'on se fait chier. », « Trooop bien !", "C'est un peu chelou !", "Nan, mais c'est quoi ça !", et cetera, et cetera.
*** - Et tu vas comment au boulot ? - Oh, c'est plus facile qu'à Paris. Je fais du covoiturage en mini-bus, qui emprunte la Route 1, et avant j'ai un trajet de 20mn en vélo. Beaucoup moins de monde et bien plus court. »

Bouchères, vous êtes un puits de culture sans fond, merci !
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À soon !



34 commentaires:

  1. hihi! j'adore! j'ai déjà vécu à l'étranger et c'est trop vrai! il y en a un qui me vient à l'esprit et que je disais souvent : "il m'a donné un lift" ;-) ça veut rien dire pour celui qui comprend pas l'anglais!

    maintenant, je vis en France avec un italien et on mélange aussi les 2 langues. plutôt marrant. ça donne des trucs originaux et j'aime bien jurer en italien! ;-)

    C'est qui fait le plus bizarre c'est de prendre bien l'accent américain ou anglais pour dire : "je mange un brownie ou un hamburger"! (les gens te regardent bizarre! ;-)).

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    1. Je reconnais que je m'amuse parfois à mélanger les 2 !
      Et en italien, c'est encore mieux ! Et les insultes sonnent tellement douces !

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  2. Hahaha je me reconnais tellement...
    Je rentre en France pour les vacances bientot et je redoute deja le moment ou il va falloir parler et que, malgre moi, je glisserai plein de franglais dans mes phrases... et tous mes potes qui diront que je show off ;)

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    1. Oula, oui ! Parce que, je fais la maligne derrière mon écran, mais quand viendra le jour du retour au pays, je glousserai moins ! (Courage !) :-)

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  3. Mais c'est pas du tout bizarre le "à tantôt" ni le "souper"... ;) ;)

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    1. Quand on me dit, "J'ai été à la plage tantôt", ça me fait toujours sourire ! Et le souper, ça ne court pas les rues aujourd'hui, ou je passe à côté de quelque chose ?! ;-)

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  4. Haha you just made my day :D Je me suis trop reconnue dans ton article...
    Le pire, c'est quand tu débarques à Noël pour voir ta famille et que tu commences à balancer des mots anglais et là, t'as le gros silence (parce qu'évidemment, c'est tellement naturel que tu n'y fais même plus attention) et tout le monde te regarde comme si tu étais un extraterrestre. Ca, ca n'a pas de prix!
    Je travaille à la fois en anglais et en français, je parle franglais à la maison et dès que je rentre à Paris pour voir ma famille, c'est une horreur pour retrouver les mots français (je te balance des Awesome ou des Awkward un peu partout)... Et encore, je vis aux Pays-Bas... donc je compatis pour toi qui se trouve sur un tout autre continent ;)

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  5. Hahah j'adore!! Et je me reconnais à 100 % C'est pareil pour moi y'a beaucoup de mots sur lesquels je dois réflechir parce qu'ils me viennent plus naturellement en français...
    D'ailleurs mes petits élèves français pensaient que j'étais anglophone (je suis prof d'anglais cette année) parce qu'apparement j'ai un accent en français... Je sais pas comment je dois le prendre !!

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  6. un seul truc sur lequel je suis pas d'accord: quand tu dis qu'on ne dit rien aux Français qui adoptent des expressions québécoises... ayant vécu quelques années à Montréal, et faisant pourtant beaucoup d'efforts pour "switcher" ( ;) ) entre le français de France et le français du Québec selon mes interlocuteurs, je me suis quand même pris des réflexions quand des expressions QC m'échappaient face à des Français ;)

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    1. Me voilà rassurée ! (Je plaisante, of course !)
      Merci pour ton commentaire, parce que tu es la première à me dire ça ! Avec mes copains, je me contente de glousser bêtement ! :-)

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  7. Ahah tout ca est tellement vrai !!! Bon j'essaie de vraiment faire un effort quand je suis en France parce que je me souviens avoir été la premiere a lever les yeux aux ciels devant ces expats et leur drole de language. Mais ici je me lache et je parle n'importe comment. Et c'est vrai qu'il y a plein de mots et expressions qui sont tellement plus simple en anglais :)

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    1. Comme toi, j'adore parler n'importe comment ici ! Et puis, le nombre de possibilité de jeux de mots s'agrandit considérablement avec 2 langues, c'est magique !

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  8. Ca ressemble fortement au Québécois tout ça ;o) On prend un verbe anglais, on lui fout "er" à la fin et ça fait un nouveau verbe! :oD

    Je pense que c'est pareil pour tous les expat, on doit changer notre façon de parler pour se fondre dans la masse de notre pays d'adoption :o) Parfois, même après presque 13 ans de vie en France, je me trompe en disant certains mots comme (celui qui me vient en tête en ce moment) par exemple "cartable", qui est à double sens : au Québec un cartable c'est un classeur alors qu'en France un cartable c'est le sac à dos des écoliers. J'ai beau essayer mais dans une conversation j'arrive jamais à le dire correctement :oD Ou bien quand je suis au Québec, que je pense tout redire mes mots comme il faut, et que je lâche comme ça dans une discussion "pile poil", ça fait toujours rire mes amies alors que sur le coup je me demande pourquoi elles rient ;o)

    Moi je pense seulement que pour bien vivre là où tu te trouves, il faut t'adapter du mieux que tu peux. Après que tu mélanges les 2 langues dans une même phrase, bah, en autant que les autres te comprennent, c'est tout ce qui compte :o)

    Bizz Laura :o)

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    1. Merci pour ton long commentaire La Madame !
      C'est vrai que "pile poil", quand on y réfléchit un peu, c'est un mot rigolo !

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  9. Héhé, mais c'est vraiment ça ! :) En même temps (même si j'adore notre langue !) je trouve qu'ils ont des expressions en anglais super claires, concises, et qui n'ont pas leur pareil en français comme "it makes sense" (bof bof la traduction littérale "ça fait sens") ! Donc c'est pareil, je butte sur des mots, j'ai souvent besoin de réfléchir aux mots lors de la rédac d'email ou de session skype en français et parfois j'admets que le mode Jean-Claude van Damme est "on". Je compte sur l'indulgence des copains et de la famille dans ces cas là ! ;)
    Have a nice week-end!

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    1. "Ça fait sens !", mais oui. C'est aussi une de mes nouvelles expressions ! :-)
      Bon week-end à vous aussi !

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    2. Je dois dire qu'au Québec on dit ''Ça fait du sens'' Comme dans ''Ça fait bien du sens ce que tu dis là! Peut-être mieux que ''Ça fait sens?'' :p

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    3. Les deux se valent carrément ! ;-)

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  10. Ça me fait pareil au Japon mais pour moi, je ne parle pas du tout français ici ! Je ne l'utilise que sur le net et skype alors je perds très vite : fautes d'orthographes à tout va (alors que je n'en faisais pas), grammaire inversée, musicalité japonaise, mots de japonais dans une phrase française ce qui rend mon français vraiment bizarre. Sans parler que j'ai plus de mal à écrire en alphabet qu'en kanjis.

    Il faut peut-être un temps d'adaptation pour que le cerveau ?

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    1. C'est fort possible ! Ou alors notre cerveau est foutu, qui sait ?! ;-)

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  11. Moi ta façon de parler ne m'a pas choquée! ^^

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    1. Alors, je ne suis pas totalement perdue ! Pas encore ! ;-)

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  12. Bonjour,

    C'est tellement vrai. J'ai vécu 1 an et demi en Belgique, puis 6 mois au Canada à la frontière entre Québec et Ontario, et enfin 1 an en Italie. Aujourd'hui mon français est un mélange de tout ça.
    Il m'arrive de dire "je vais à la toilette". Oui, j'ai appliqué pour ce job" ou encore "j'ai le pouce vert" ou "je m'en calice!".

    Parfois, je vois bien que les gens autour de moi ne comprennent pas vraiment ce que je raconte.

    C'est une fois que l'on fait ces assimilations de langage qu'on se rend compte de notre intégration dans le pays.

    Bises

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  13. Excellent ! Et nous on y fait attention à la maison parce que sinon, ce sont nos enfants qui parleraient un langage incompréhensible : je les fais traduire illico des qu'ils me mettent un mot anglais en français .. Et le plus dur c'est quand ils de l'école et qu'ils me racontent leur journée. Parce que nous sommes les seuls locuteurs français dans leur vie de tous les jours .. Je ne te cache pas que quand je suis avec mes amies, on se lâche ...

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    1. Effectivement, vous devez être un peu plus regardant !
      Enfin, tant que tu peux parler n'importe comment quand tu es avec tes amies, c'est l'essentiel ! ;-)

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  14. Ahh je me reconnais tellement.
    J'habite maintenant en France, mais il y a quelques années, j'habitais entre l'Allemagne et l'Angleterre. Je parlais, rêvais, jurais, mangeais dans d'autres langues que ma langue maternelle. Résultat : les séances Skype étaient vraiment laborieuses :D. Et même après mon retour, dans un environnement franco-francais, j'ai encore aujourd'hui du mal à faire des phrases françaises sans réfléchir, parce que ce sont les mots anglais qui viennent naturellement en 1er dans ma tête.
    Bref, je n'ai jamais autant mal parlé français que depuis que j'ai vécu à l'étranger :D Mais aucun regret ! :)

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  15. Ahahah super bien écrit et très drôle !

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  16. Super article!! :) Ca me rappelle mon séjour à l'étranger :)

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  17. Très prenant ton article qui m'a mis le sourire :)

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  18. hahaha c'est tellement vrai ! Le pire c'est quand je cherche mes mots en français... et je ne les trouve pas ! Ou je sors des phrases genre "ca fait pas sens" pour dire "it doesnt make sense" "je vais workout" pour dire "je vais à la salle de sport travailler mes ptits muscles" etc etc etc ...
    on nous prend pour Jean Claude Van Damme ... mais on y peut rien

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    1. Dure la vie d'expat ! ;-)
      "Ça ne fait pas sens" fait maintenant partie de mon vocabulaire quotidien ! Oups.

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  19. Je me reconnais mais en effet miroir. Je suis expat sur Paris et je vis un peu le même sentiment en inversé. Comme quoi, peu importe d'ou l'on vient et qui l'on est, on a tous le meme feeling en tant qu'expat.

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  20. L'anglais est obligatoire , c'est normal

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